|
Accueil » Ancien Testament » Livre de la Genèse (Gn) Pierre WATREMEZ Abraham, père des croyants Commentaire des chapitres 12 à 22 du livre de la Genèse Association Vivre la Bible (2004) 4) Commentaire : Comment Yhwh conduit son élu. Troisième étapeReste pour Abraham à remplir sa mission : En toi seront bénies toutes les familles du sol (12,3). Abraham ne sait pas bien en quoi cela consiste pour lui. La naissance d’Isaac est proche. Il faut qu’Abraham prenne la mesure de la confiance que Dieu lui porte. Dieu montre à Abraham le monde de péché, symbolisé par les villes de Sedom et Gomorrhe (thème prophétique) et les nations païennes symbolisées par Avimèlèk, roi des Philistins, Israël en diaspora et les chrétiens dans le monde (Jn 17,15-16).
Scène X. Yhwh et Abraham face à Sedom (Gn 18, 16-33)
Les deux compagnons de Yhwh ont pris la direction de Sedom (v.16 et 22a), et Abraham se trouve seul face à Yhwh (v.22b). Comme toujours, Dieu prend l'initiative du dialogue. Il se souvient de la mission confiée à Abraham : En lui seront bénies toutes les nations de la terre. Il ne peut donc plus agir envers les pécheurs sans en référer à son lieutenant sur terre (thème messianique), d'autant que cela engage l'avenir de sa Maison qui fera droit et justesse (autre thème messianique). Dieu explique la raison de sa descente sur terre. Ce n'est pas seulement pour renouveler sa promesse, c'est aussi pour vérifier jusqu'où va le péché de l'humanité (thème prophétique).
C'est cette parole qu'Abraham se permet de rappeler à Dieu : feras-tu périr le juste avec le méchant... Celui qui juge toute la terre ne rendra-t-il pas la justice ? Mais la question d'Abraham va plus loin : La présence de justes au milieu de pécheurs peut-elle obtenir le pardon des pécheurs ? Les justes peuvent-ils être un "paratonnerre" pour les méchants ? Cela, Ezékiel l'avait nié (Ez 14,14-16). Cela, Dieu le concède à Abraham. L'homme de foi peut agir sur le coeur de Dieu ! Mais combien faut-il de justes pour faire contrepoids ? Du nombre de cinquante, Abraham descendra jusqu'à dix et Yhwh acquiescera. Malheureusement, dix justes ne furent pas trouvés et Sedom fut détruite. Combien y avait-il de justes en Sedom ? La suite du récit (Scène XI) donne à penser qu'il pouvait y en avoir quatre : Lot, sa femme et ses deux filles. En réalité, ce n'est pas là la vraie question : Peut-il exister un homme juste ? Y a-t-il un seul homme qui ne pèche pas ? dit Salomon dans sa prière (II Chr 6,36). C'est ainsi que s'ouvre une nouvelle espérance. S'il existait un homme, un qui soit vraiment juste aux yeux de Dieu, il pourrait sauver tous les pécheurs. C'est ce que déclarera le centurion païen au pied de la croix de Jésus : " Celui-là était Juste" (Luc 23,47) . Et St Paul complétera : ceux qui ont foi dans le Christ, en lui sont justifiés (Gal 2,1/Ro 3,23-24). Ainsi transparaît la mission première de la descendance d'Abraham, père de ceux qui ont foi en Jésus Christ : que les pécheurs justifiés par Dieu deviennent des intercesseurs en faveur de tous les autres pécheurs. - On laisse de côté la scène XI (ch. 19) : Lot et ses filles. Abraham en est absent. |
Abraham, père des croyants
|
Scène XII. Abraham et Avimèlèk. Sara (Gn 20, 1-18)
Abraham quitte les "Chênes de Mamré" pour le pays des Philistins, symbole du monde des nations. C’est là que naîtra Isaac. Mais aussi, Yhwh ne se fera plus voir à Abraham ; il ne lui parlera plus. Même le Nom de Yhwh est rare (20,18/ 21,1/ 22,14). Les païens ne le connaissent pas ; on parlera simplement de Dieu. La foi d’Abraham est devenue adulte ; il n’a plus besoin de voir. Le moment est venu pour lui d’agir en faveur des nations. La scène XII n’est pas sans rappeler la scène II (en Egypte). et la situation semble identique, mais aujourd’hui Sara est enceinte. Abraham ressemble beaucoup à Abram. Bien que devenu familier de Dieu, son fond naturel persiste. Mais attention, la signification de cette scène est bien différente. D’abord, son invraisemblance est évidente. Sara n’est plus une jeunesse ! Si Abraham la présente comme sa soeur ce n’est plus pour s’enrichir, c’est en raison du jugement qu’il porte à l’égard des païens : Je me disais : Il n’y a pas de crainte de(s) dieu(x) en ce lieu-ci et ils me tueront (v.11). Il craint pour sa vie, ce qui montre les limites de sa foi, mais qui le lui reprocherait ? Pas même Dieu, lui qui sait faire sortir le bien du mal, la vie de la mort. On peut imaginer Avimèlèk, la nuit, couché auprès de Sara. Dieu vient pour lui dire en songe : Te voici mort ! C’est ainsi que Yhwh communique avec les prophètes d’Israël. Avimèlèk répond : Seigneur,tueras-tu aussi la nation juste ? J’ai fait ceci dans la sincérité de mon coeur. C’est avec le païen que maintenant Dieu dialogue. Dieu l’a préservé du péché (en le rendant impuissant) ; qu’il rende sa femme à l’homme car Abraham est prophète, il priera pour toi et tu vivras. L’attitude d’Abraham le croyant est odieuse et méprisable, celle d’Avimèlèk l’incroyant pleine de sincérité. Un homme d’apparence honnête l’a trompé, et cet homme est un prophète ! On s’attendrait à une condamnation d’Abraham. Ce récit est déconcertant. C’est Abraham le pécheur qui va prier pour Avimèlèk l’homme honnête. Que veut donc nous enseigner ce récit ? Quoique pécheur, Abraham est serviteur de Dieu, il est même son porte-parole ; c’est par lui que Dieu veut apporter sa bénédiction aux nations. Nous, nous aimerions voir Abraham puni par Dieu. Dieu regarde d’abord le salut du pécheur. Quand la Bible trace le portrait du messie - l’homme que Dieu choisit pour sauver son peuple -, elle propose David et ne cache pas les faiblesses de l’homme. Les faveurs divines peuvent passer même à travers un serviteur de Dieu pécheur, heureusement. C’est bien cela que l’Église enseigne à propos des sacrements : le pardon de nos péchés vient par l’intercession d’un homme pécheur ! Abraham reste un homme et la Bible tient à nous le montrer. Comment Dieu va-t-il manifester sa faveur à Avimèlèk, la suite du récit le dira. Aujourd’hui, Avimèlèk se leva tôt. - c’est-à-dire sans attendre - il met ses serviteurs au courant et convoque Abraham pour lui dire ce qu’il pense de sa conduite. Abraham tente de se justifier et Avimèlèk rend Sara. Le récit insiste sur la générosité d’Avimèlèk. Il offre des ovins et des bovins, des serviteurs et des domestiques (cf. 12,16), et propose à Abraham de s’installer dans son pays... cadeau de bienvenue ou réparation de son erreur ? Il donne même à ce "frère" de Sara (noter l’ironie) mille pièces d’argent pour couverture de tes yeux, sans doute afin que Sara ne soit pas déshonorée aux yeux de son entourage, renvoyée comme une femme de rien. Abraham a renoncé à chercher les richesses. Elles lui viennent en action de grâce de son ministère. Toujours est-il que le païen fait meilleure figure que le père des croyants. Pauvre " prophète de Dieu ", Abraham le justifié ! A sa prière Dieu guérit Avimèlèk et toute sa maison. Le texte suggère que Dieu avait rendu Avimèlèk impuissant et les femmes de sa maison stériles en raison de la présence de Sara. Il ne faut pas considérer cela comme un châtiment mais seulement comme un "signe" du dieu qui veut faire vivre. L’homme justifié mais pécheur remplit sa mission, ce qui ne veut pas dire qu’on ne lui en demandera pas compte. Là n’est pas la perspective du rédacteur. |
On se souviendra que, dans la Bible, la mort est d’abord la séparation d’avec Dieu, et la vie, la réalisation de la relation intime entre Dieu et l’homme. |
Scène XIII. Yhwh et Sara. Abraham et Agar et Ishmaël (Gn 21, 1-21)
La première partie concerne Isaac, la seconde Ishmaël. Isaac (v.1-7).Yhwh est fidèle à sa promesse. Sara met au monde Isaac, et Abraham obéit à la parole de Dieu, il circoncit son fils le huitième jour après sa naissance. Le récit est construit de telle sorte que la naissance d’Isaac a lieu au pays d’Avimèlèk, en terre païenne. Il n’est pas dit que la proposition du roi de s’installer dans son pays a été acceptée, mais le contexte invite à le penser (21,22). D’ailleurs le nom de Yhwh n’apparaît pas ici. Mais comment la bénédiction de Dieu arriverait-elle aux nations si la descendance d’Abraham vivait à l’écart des nations ? L’attitude de Sara est plus décevante ; elle reste toujours ce qu’elle était, tournée vers elle-même. Remerciera-t-elle Dieu d’avoir accompli sa promesse. Elle dit : Tous vont me montrer du doigt et faire de moi un objet de raillerie. Le verbe rire est repris deux fois ! Sara semble même associer son mari à sa situation : " J’ai enfanté un fils à sa vieillesse". Isaac a trois ans ; Sara réalise soudain qu’Ishmaël est le fils premier-né, c’est lui qui détient les droits d’aînesse ; Ishmaël devient à ses yeux un concurrent d’Isaac, presque un usurpateur ; il faut le faire disparaître. Elle exige d’Abraham son renvoi. On comprend la tristesse du père. Mais Dieu dit à Abraham de satisfaire à l’exigence de sa femme. Pourquoi ? C’est qu’en raison de la mission que Dieu lui a confiée, il doit se détacher de tout ce qui pourrait l’en détourner. Il a déjà dû renoncer aux richesses, se séparer de son neveu Lot. Il a même quitté Mamré, le pays promis à sa descendance. Il lui faut aussi se séparer de son premier enfant. Yhwh avait bien dit à Abraham de tout quitter. C’était même la première parole qu’il lui avait adressée (Gn 12,1). Il doit même se séparer de Sara. C’est ce que veut faire comprendre le rédacteur qui l’efface des récits suivants ; elle n’y réapparaîtra que morte (23,1-2). Elle a été l’instrument de l’accomplissement de la promesse faite à Abraham, mais elle n’en a jamais été partie prenante pour l’avenir. Elle n’est pas la "mère des croyants" ! Les féministes crieront à l’injustice. Qu’ils relisent le comportement de Sara tout au long de ces chapitres et ils constateront le type de relation qu’elle a eu avec Yhwh (voir pages 7-9) ! Ce n’est pas en raison de sa féminité, que Sara reste à l’écart, puisqu’Agar reçoit la protection divine, c’est en raison de son "égocentrisme". Elle joue dans le récit le rôle de "faire-valoir" pour Abraham. Ailleurs, la Bible sait souvent montrer la femme en première place dans le plan de salut, depuis Anne, mère de Samuel, jusqu’à Marie, mère de Jésus. Ishmaël (v.8-21)Le sort d’Ishmaël a déjà été assumé et assuré par Dieu à travers l’intervention de l’Ange de Yhwh (17,10-12). Dieu le redit à Abraham (v.13). Il n’oublie pas son premier enfant, ni Agar sa mère. Il voit la détresse de la maman et envoie son Ange pour la réconforter et lui donner la vie : il ouvre ses yeux et elle voit le puits d’eau. Dieu fut auprès du jeune, ou mieux : avec le jeune. Si Dieu a choisi Abraham, puis Isaac, ce n’est pas pour négliger ceux qui ont entouré leur mission. Mais à chacun la place à laquelle Dieu l’a destiné. Ishmaël grandira dans le désert et sa mère lui donnera une femme de son pays, l’Egypte. Et Abraham s’exécute à contre-coeur, suggère le récit. Pourtant, sans le savoir, l’exigence de Sara entre dans le plan de Dieu : c’est en faveur d’Isaac que Dieu a fait la promesse, le fils né d’une intervention explicite de Dieu. Dans la Bible, les femmes déclarées stériles enfantent, de par la décision expresse de Yhwh. Tout enfant né d’une femme stérile occupera une place capitale dans le déroulement du plan de salut de Dieu. |
|
Scène XIV. Abraham chez Avimèlèk (Gn 21, 22-34)
Abraham est toujours chez Avimèlèk. A la scène XII, il avait l’initiative (20,2), ici c’est Avimèlèk qui prend la parole pour s’adresser à Abraham. Il l’a regardé vivre auprès de lui, et il l’a observé et lui dit : Dieu est avec toi en tout ce que tu fais (thème messianique). Il demande à Abraham de s’allier à lui par serment pour qu’il bénéficie, lui aussi, de la bénédiction divine. Abraham a enfin l’occasion d’accomplir personnellement la mission à lui confiée et à sa descendance. Dieu lui donne d’en voir les prémices. Et Abraham s’engage par serment. Les circonstances de cette alliance peuvent paraître tout humaines : une dispute à propos d’un puits creusé par Abraham et spolié par les serviteurs d’Avimèlèk. En signe d’alliance, Abraham donne à Avimèlèk du petit et du gros bétail ; il met à part sept agneaux qui seront témoins que ce puits appartient bien à Abraham. C’est ainsi qu’ ils firent serment, eux deux, et conclurent alliance. Le récit met en oeuvre un jeu de mots : le chiffre sept (3 fois) se dit shèv’ah en hébreu et le verbe shava’ signifie faire serment (3 fois). Sachant que puits se dit beér, ainsi est expliquée l’origine de la ville de Beèr-Shèva (3 fois). Ce sont des subtilités littéraires fréquentes dans la Bible. Ce récit s’achève sur trois versets que voici :
En signe de l’alliance, il planta un tamaris à Beèr-Shèva. Qui a planté cet arbre ? La tradition juive, comme la traduction grecque, ont pensé qu’il s’agissait d’Abraham, c’est lui qui toujours a invoqué le Nom de Yhwh. De plus, le verset 32 signale qu’Avimèlèk et Pikol sont retournés au pays des Philistins. Abraham reste donc seul à Beèr-Shéva, où il plante un tamaris comme signe de l’alliance conclue, alliance qui lui reconnaissait la propriété du puits. Toutefois, ne peut-on attribuer à Avimèlèk la plantation du tamaris ? Jusque là, il n’a accompli aucun rite d’alliance ; et la plantation d’un arbre relève plutôt de la religion cananéenne. De plus, une telle finale répond mieux à la demande initiale (v.22). Abraham avait intercédé auprès de Yhwh en faveur d’Avimèlèk (20,17) qui avait demandé de bénéficier de la protection de ce Dieu (21,22-23). L’arbre devient alors le témoin du choix qu’il a fait du Dieu éternel. Avimèlèk serait ainsi le premier païen à se prosterner devant Yhwh. Cette interprétation demande que l’on traduise le verset 33 ainsi : Il avait planté et il avait appelé, - ce que permet le verbe hébreu à l’accompli . Il est vrai que la plantation n’est mentionnée qu’après le départ des "Philistins", mais c’est afin que le récit s’achève sur Abraham contemplant l’œuvre de son Dieu. En partageant la vie des nations, en apaisant une querelle, il avait conduit un roi païen à rendre un culte à Yhwh. Ce n’était pas encore un geste de foi. C’était celui d’un homme religieux, comme l’était Abram lorsque Yhwh l’avait appelé. |
Les puits ont toujours une importance capitale dans les régions de déserts. mais aussi dans les récits bibliques... C’est là que les femmes vont chaque jour puiser l’eau et que les jeunes gens tentent d’y contracter alliance, de Rébecca, femme d’Isaac (24,11-14) à la femme de Samarie (Jn 4,6-7). |
Scène XV. Abraham fait monter Isaac vers Yhwh (Gn 22, 1-19)
Cette scène achève la Geste d’Abraham. Pour accomplir sa mission, Abraham avait dû accepter un dépouillement progressif de la vie d’Abram. Dieu va lui demander le détachement suprême. S’il lui avait donné Isaac, c’était pour l’avoir à son service, comme descendance d’Abraham.
Pour bien saisir l’enseignement du récit, il faut porter son attention d’abord sur l’utilisation du mot DIEU et sur celui de MONTÉE. La MONTÉE traduit littéralement le mot hébreu ’olah, geste qui consiste à "faire monter".(7 fois dans le récit). Pour faire monter vers Dieu, la religion ancienne le réalisait en brûlant totalement la victime, d’où le mot grec d’ holocauste. Depuis qu’Abraham est en pays païen, le mot DIEU a été constamment employé. Le récit commence par LEDIEU, la divinité, mitAbraham à l’épreuve. Cette divinité n’est pas nécessairement Yhwh. Le rédacteur sait jouer entre "le dieu" et "Dieu". Les traductions courantes négligent souvent ce "détail" ! Il est probable que ce récit a une origine indépendante. Il partait d’une étiologie sur le nom de "Yhwh Yirèh" et était destiné à montrer que Yhwh ne voulait pas de sacrifice humain. Le rédacteur de la Genèse l’a adapté au nouveau contexte, la "montée" d’Isaac vers Dieu. L’offrande des premiers-nés était un rite invétéré dans la religion cananéenne et les Fils d’Israël le pratiquèrent jusqu’à leur déportation à Babylone, cela en dépit de l’enseignement des prophètes. La demande du dieu n’a donc en soi rien d’impensable pour Abraham, sinon un légitime étonnement. Comment Yhwh, qui lui avait fait attendre si longtemps cet enfant, qui l’avait fait enfanter par une femme stérile, pouvait-il exprimer une telle exigence ? Le dieu dit donc à Abram de prendre son fils, son unique, celui qu’il aime, Isaac. Désormais, Isaac est bien son unique fils puisque Ishmaël a été renvoyé, avec l’approbation de Dieu. Il n’avait pas été dit qu’Isaac était celui qu’Abraham aimait. C’est le rédacteur qui l’ajoute pour dire que celui qui est au service de Dieu doit offrir ce qu’il aime. L’événement est situé au temps des Pères, avant le don de la Tôrah à Moïse. Ainsi Abraham peut-il croire qu’il s’agit d’immoler son fils pour le brûler "en parfum d’agréable odeur" à la divinité" (Gn 8,20-21). Son obéissance à Yhwh est mise à rude épreuve. Cependant il répond au dieu : "Me voici". Il ira au pays de Moriyya, lieu inconnu - et c’est sans doute intentionnel - mais en dehors de la Terre Promise, au milieu des nations, - en Galilée, dirait l’Évangile. - Il est vrai que les Juifs l’ont identifié avec la montagne du temple à Jérusalem (II Chr 3,1) et les chrétiens avec le Calvaire. C’est là qu’Abraham fera monter son fils "en montée" vers Dieu. Il part donc avec son fils, accompagné de deux jeunes et un âne portant le matériel. Quand il approche du lieu de l’offrande, de la "montée", il laisse ses compagnons, charge le bois sur son fils ; lui-même tient en main le couteau et le feu. Isaac interroge son père : "Où est l’agneau". Et Abraham de répondre : "Dieu verra pour lui l’agneau (qu’il veut) pour la montée, mon fils" (le mot fils se trouve 7 fois dans le récit). Et l’on prépare l’autel, le bois. Isaac est lié comme la victime d’un sacrifice. Au moment de l’immolation, ce n’est pas le dieu qui intervient, c’est Yhwh. Par son Ange, il interrompt un rite que lui, un dieu pas comme les autres, n’avait jamais demandé, et dont il avait horreur. Il n’avait même pas pu imaginer un tel acte, fait-il dire par les prophètes (Jr 7,31). L’Ange de Yhwh du haut des cieux appelle Abraham (comme au v.1) et Abraham répond : "Me voici" (comme au v.1). Ce qu’Abraham allait faire par obéissance, ce n’était pas cela que YHWH avait demandé. Abraham avait montré qu’il craignait Dieu (sans article, expression traditionnelle dans la Bible pour exprimer respect et obéissance à Yhwh), mais Dieu ne voulait pas la mort d’Isaac, l’agneau (en grec probaton), il voulait Isaac pour lui, à son service.
Immoler Isaac, l’Agneau selon Ezékiel, ce serait mettre à mort le serviteur de Yhwh ou même tout le peuple de Dieu auquel il doit donner naissance. Et le temps n’est pas encore venu d’immoler le serviteur de Yhwh, non plus que le véritable Agneau Pascal. Le bélier, animal habituel des sacrifices solennels fera bien l’affaire. En souvenir de l’événement, Abraham donne un nom à la montagne : "Yhwh voit". C’est quand Yhwh ne se fait plus voir qu’Abraham, père des croyants, proclame que "Yhwh voit", sans complément. Cette dernière parole d’Abraham invite à la méditation. Une seconde fois l’Ange-prophète (- oracle de Yhwh -) appelledu haut des cieux et renouvelle la grande promesse pour la descendance et la bénédiction des nations. Yhwh fait serment (comme en écho au serment d’Abraham à Avimèlèk (21,24) : sa descendance sera innombrable, elle sera victorieuse sur ses ennemis, les puissances du Mal (thème messianique) ; et par l’intermédiaire de cette descendance, toutes les nations de la terre trouveront la bénédiction de Dieu. Saint Paul insistera sur ce mot descendance mis au singulier :
Sur ce serment de Yhwh, Abraham et ses deux jeunes rentrent alors à Beèr-Shèva. Isaac n’est plus là. Dieu l’a "fait monter" vers lui. Son père ne le reverra plus. La Bible ne le fera réapparaître que bien plus tard, lorsque Rébecca, la femme que Yhwh lui a choisie, viendra vers lui : Isaac fit venir Rébecca à la tente de sa mère et il prit Rébecca et elle lui fut sa femme et il l’aima (24,67) . C’est le premier amour humain qui est mentionné dans la Bible : l’amour du mari pour sa femme. La descendance d’Abraham est désormais assurée. Dieu avait conduit Abraham là où il voulait pour que toute l’humanité fût sauvée. Abraham, Père des croyants. Tout croyant est appelé par Dieu à coopérer au salut de l’humanité. Le récit biblique nous enseigne le cheminement de tous ceux que le Seigneur appelle à la foi, c’est-à-dire à la confiance et à l’amitié avec lui, afin de savoir lui offrir ce qui nous est le plus cher. Offrir à Dieu, ce n’est pas mettre à mort, c’est donner gratuitement. A chacun de répondre. |
|
|
Pierre Watremez, bibliste Pierre Watremez a autorisé la copie et la distribution d’extraits non modifiés ou de textes intégraux non modifiés de la présente œuvre, sous réserve que :
De manière générale, sont tout particulièrement interdits :
|
|
|
Adresse de cette page : http://www.vivrelabible.asso.fr/AT/abraham4.html Association Vivre la Bible - 17 rue Crevel Duval - 92500 RUEIL Courriel : contact [chez] vivrelabible.asso.fr Hébergement : société OVH - 140 Quai du Sartel - 59100 Roubaix SPIP est utilisé avec joie pour gérer le contenu de ce site. |
|