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Accueil » Ancien Testament » Livre de la Genèse (Gn) Pierre WATREMEZ Abraham, père des croyants Commentaire des chapitres 12 à 22 du livre de la Genèse Association Vivre la Bible (2004) 3) Commentaire : Comment Yhwh conduit son élu. Deuxième étapeScène VII. Sara et Agar face à Yhwh (Gn 16, 1-16)Saraï, Yhwh et Abram (v. 1-6a)
Ici c'est Saraï qui passe au premier plan. Le récit l'a tenue à l'écart depuis la scène en Égypte. Elle ignore donc tout de l'évolution d'Abram. Elle est stérile, ce qui est un grand déshonneur pour elle, face à son mari et à son entourage. Son jugement est fait "C'est la faute de Yhwh". N'est-il pas fréquent d'accuser Dieu d'un malheur qui nous touche ? Pour sauver son prestige, elle doit assurer une descendance à son mari. Sans le savoir sans doute, elle va braver Yhwh, presque le défier. Comme il est coutumier, elle propose à son mari de "connaître" sa domestique Agar, une égyptienne, même pas une sémite, mais une descendante de Cham (10, 6), le fils maudit de Noë, comme les Cananéens, ces adorateurs des Baals. Faute de mieux, Abram accède à l'offre de Saraï. Il a déjà oublié que son Dieu est créateur des cieux et de la terre. Ce Dieu serait-il incapable de faire enfanter une femme stérile ? Est-il raisonnable d'attendre un miracle en sa faveur ? Cela est pardonnable à un homme qui n'a pas lu les Écritures. Les livres prophétiques ont montré plusieurs exemples d'une telle intervention du Dieu d'Israël : Anne (I Samuel 1), la mère de Samson (Juges 13), Jérusalem (Es 49,21). Toujours est-il que Saraï donna Agar pour femme à Abram. Agar, de domestique de Saraï, est devenue la mère d'un fils d'Abram. Elle s'en glorifie et regarde de haut sa maîtresse. Et Saraï s'en prend à Abram : "C'est de ta faute. J'ai été pour toi pleine de sollicitude et de compassion et j'en suis la victime. Que l'injustice qui tombe sur moi retombe sur toi." C'est à Yhwh qu'elle en appelle : Qu'il juge entre toi et moi en qui est la faute ! Cette femme avait pensé faire une bonne action; et à, cause de cela la voici devenue objet de mépris et de méchanceté. N'est-il pas compréhensible de la voir se révolter ? Ne serait-ce pas Yhwh lui-même la cause de cette injustice ? La relation de l'homme avec Dieu n'est pas toujours très claire ni très pure. Mais est-ce une raison pour faire d'Agar son souffre-douleur ? Et ce malheur ne serait-il pas une épreuve à surmonter afin de bénéficier de la promesse ? Agar face à Yhwh (v. 6b-16)
Et Agar prend la fuite avec son enfant, le fils premier-né d'Abram. Elle cherche refuge au désert, près d'une source. C'est là que, pour la première fois dans la Bible, se manifeste l'Ange du Seigneur. Rien n'explique de qui il s'agit. C'est pourquoi il serait mieux de traduire de façon plus littérale "un messager de Yhwh". C'est "quelqu'un" qui, de la part de Yhwh, demande à Agar de retourner auprès de sa maîtresse et de supporter ses humiliations. Elle doit aussi accepter l'épreuve, assortie elle aussi d'une promesse : Tu appelleras ton enfant "Dieu entend" (en hébreu: Ishmaël). Sur lui aussi Yhwh a des vues. Ce sera un guerrier du désert, un "onagre humain". Et Agar accepte, invoque le Nom de Yhwh, et donne au puits un nom qui témoignera de la promesse de Yhwh : Puits du vivant qui m'a vue (ce sens n'est pas assuré). Le temps venu, Agar enfante un fils, et c'est Abram qui lui donne le nom d'Ishmaël pour bien marquer sa paternité. Il ne renie pas le fils né d'une domestique étrangère. |
Abraham, père des croyants
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Scène VIII. Yhwh et Abram. Alliance avec la descendance (Gn 17,1-25)
A la naissance d’Ishmaël, Abram avait 86 ans. Le voici maintenant âgé de 99 ans. Yhwh se fait à nouveau voir à lui pour lui porter un message. Ce chapitre consiste principalement en un discours de Yhwh. La première partie concerne Abram, la deuxième Saraï, chacune s’achevant sur la circoncision. Abram, père de nations (Gn 17, 1-9+10-14).Dieu se révèle à Abram sous le nom de El Shaddaï, nom mystérieux que la tradition a interprété comme "Dieu tout-puissant". Il invite Abram à croire aux annonces inattendues qu’il vient apporter : La première : Tu seras le père d’une foule de nations (2 fois). Dès lors la paternité d’Abraham ne concerne plus seulement Ishmaël, elle va s’étendre beaucoup, beaucoup et des rois sortiront de toi. C’est pourquoi Dieu lui change son nom en celui d’Abraham. Dieu prend possession de lui : "Désormais tu m’appartiens, tu es à mon service pour remplir la mission que ce nom signifie". Ainsi Abraham est institué "Père" de toutes les nations qui auront Yhwh pour Dieu, c’est-à-dire : Je serai pour toujours le Dieu de ta descendance. Quelle descendance ? Cette conclusion d’alliance est bilatérale : Abraham doit s’engager à la garder, lui et sa descendance, inscrite dans leur chair par le signe de la circoncision. La descendance s’est élargie, elle n’est plus seulement charnelle ; ce peut être une descendance par adoption : au huitième jour tous les garçons seront circoncis, ceux de ta maison et ceux acquis à prix d’argent. Saint Paul expliquera aux Romains, que la vraie circoncision n’est pas celle de la chair, mais celle du cœur (Ro 2,28-29 cf. Dt 10,16/Jr 9,25), celle qui consiste à conformer toujours sa volonté à celle de Dieu. Jésus agit toujours selon la volonté de son Père. Abraham, ira-t-il jusque là ? Tous ceux que Dieu appellera auront-ils cette fidélité ? Sara princesse (v. 15-22+ 23-27).La deuxième annonce concerne Saraï. Dieu lui change son nom, il en prend possession, d’elle aussi ; il la met à son service et elle s’appellera Princesse (en hébreu : Sara). Elle, la femme stérile, va enfanter ; et elle partagera la même promesse que son mari : Je lui donnerai de devenir des nations, et des rois sortiront d’elle (v.6=v.16). D’elle aussi Abraham va avoir un fils. Abraham se prosterne, mais il a 100 ans et Sara 90 ! N’y a-t-il pas de quoi rire ? Le verbe employé a normalement, en hébreu, une connotation péjorative de rire moqueur. Les idées de Dieu sont vraiment déconcertante ! "Ne serait-il pas plus simple de se contenter d’Ishmaël", propose Abraham à Dieu. Pense-t-il impossible le projet de Dieu en raison de la stérilité de Sara ou pense-t-il aussi à assurer la gloire de son premier-né ? Peu importe ! mais on admirera le degré de familiarité avec son Dieu auquel Abraham est parvenu. Et Dieu le rassure : Ne t’inquiète pas pour Ishmaël, j’en fais mon affaire : Douze princes il fera enfanter... Mais c’est avec le fils qu’enfantera Sara et avec sa descendance que se réalisera mon alliance éternelle, car rien n’est impossible à Dieu (d’où trop merveilleux 18,14 = Luc 1,37). Et cela sera accompli d’ici un an !. Dieu ayant achevé de parler, Abraham obéit aussitôt à sa Parole ; il circoncit tous les mâles de sa maison. Obéir à la parole de Dieu, voilà le vrai signe de l’homme de foi. Il n’obéit pas aveuglément ; il a d’abord dialogué avec son Dieu, puis il s’est soumis aux décisions divines. |
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Scène IX. Yhwh visite Abraham, et Sara (Gn 18, 1-15)
Cette visite de Dieu est peut-être la scène la plus célèbre de l’histoire d’Abraham. Les versets 1-2 semblent étranges : Yhwh se fit voir et voici trois hommes et Abraham dit : "Seigneur, si j’ai trouvé faveur à tes yeux…" Le rédacteur présente Yhwh venu sous l’apparence de trois hommes, ou plutôt comme un homme avec deux compagnons. Ceux-ci ne jouent aucun rôle dans cette scène. Ils n’entreront en action qu’à la Scène XI pour la destruction deSedom et Gomorrhe (19,1) où ils seront appelés "anges". Ce sont les exécuteurs des sentences divines (Ex 12,23/II S 24,16/Ez 9,1) ; d’où Yhwh est vu, assisté de deux "messagers". (Ces versets sont restés une énigme aux commentateurs anciens ; la foi chrétienne pourra leur donner une interprétation nouvelle). La scène comprend deux sections :
Le repas (v. 1-8).Yhwh s’en vient visiter Abraham et se laisse inviter à un festin. L’hospitalité d’Abraham est solennelle ; il veut honorer son (ses) hôte(s) : lavement des pieds, temps de repos à l’ombre, trois seas de farine (près de 34 litres), le veau gras, du beurre et du lait. Prendre un repas en commun signifie un nouveau degré de familiarité, d’intimité. Cette intimité entre Dieu et ses "collaborateurs" se retrouve souvent dans la Bible. L’évangile selon St Luc accorde une place importante aux repas auxquels Jésus est invité avec ses disciples. C’est au cours de l’ultime repas avant sa mort qu’il donne à ses disciples le nom de "mes amis". C’est que Dieu a lié son plan de salut de l’humanité à la personne d’Abraham et à sa descendance. Ce que commence Abraham, tous ses fils auront à le poursuivre. Le croyant fait partie de la famille de Dieu ; il doit œuvrer avec Dieu, il a aussi des droits sur Dieu, comme la suite va le montrer. Isaac(v. 9-11).Commencé au pluriel "Ils lui dirent", le dialogue se poursuit au singulier : Il lui dit . Ce n’est plus El Shaddaï qui parle, mais c’est Yhwh, l’hôte de marque ; il annonce à Abraham la naissance d’un fils à Sara, conformément à la promesse antérieure (17, 16-19). De l’entrée de sa tente, Sara entend (ou écoute ?) : Dans un an, jour pour jour, il sera né. Le rédacteur rappelle la vieillesse des époux. C’est pour Sara une joie et une surprise, comme si Abraham avait gardé le secret ! Il faut que Sara apprenne la nouvelle de la bouche même de Dieu, pour qui rien n’est trop merveilleux (cf. la naissance de Samson Jg 13). Abraham avait ri ; pour Sara le verbe est répété quatre fois. Le verbe RIRE explique le nom donné à Isaac (il rira). Si le rire de Sara laisse soupçonner son incrédulité, c’est surtout aux "qu’en dira-t-on" dans son entourage qu’elle pense (21,6). Elle dit : "Je n’ai pas ri" - ce qui peut être interprété comme un refus de s’attribuer Isaac -. On remarquera que jamais la foi de Sara n’est déclarée, en dépit de ce qui est écrit dans l’épître aux Hébreux : C’est par la foi que Sara fut rendue capable d’avoir une descendance, parce qu’elle eut foi en la fidélité de celui qui avait promis (Hé 11,11). Toujours est-il que la promesse, exprimée trois fois au chapitre 17 (v.16.19. 21), se retrouve ici deux fois. L’insistance et le cadre du repas disent l’importance de l’annonce du "premier" fils d’Abraham, père des croyants". Le salut de l’humanité dépend désormais d’Isaac. Dans la deuxième étapeLa deuxième étape a mis en évidence la relation entre Dieu et Abraham, relation de dialogue dans une confiance réciproque. L’idée dominante est celle de la descendance : Lui sera "père" d’une descendance nombreuse, d’une foule de nations, mais quelle sera sa vraie descendance ? Cette section montre la vie de foi ou la foi dans la vie. Abraham et Sara sont devenus embauchés par Dieu non comme des serviteurs mais comme des amis. En changeant les noms, Dieu fait du couple Abram-Saraï une réalité nouvelle. Un signe - la circoncision des garçons - marquera cette appartenance. Abraham manifeste son obéissance à Dieu. Quant à Sara.. ! trop préoccupé d’elle-même, elle se montre incapable de "tout quitter". |
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