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Accueil » Ancien Testament » Livre de la Genèse (Gn) Pierre WATREMEZ Abraham, père des croyants Commentaire des chapitres 12 à 22 du livre de la Genèse Association Vivre la Bible (2004) 2) Commentaire : Comment Yhwh conduit son élu. Première étapeScène I. L’appel. Yhwh et Abram. Départ vers Canaan (Gn 12,1-9)
Dieu prend l’initiative de l’appel. Ce Dieu est Yhwh, dit le rédacteur L’appel à Abram comprend trois éléments :
Les trois éléments se complètent : Renoncer à sa vie précédente pour s’en remettre à ce Dieu qui ne lui promet que de bonnes choses. Comment refuser ? Même si le troisième point n’est pas très clair. La réponseC’est un "oui mais". Oui, il va partir, alors qu’il a déjà 75 ans ; il va quitter son pays. Mais en emportant tout son cadre familial : sa femme stérile, son neveu Lot, toutes ses richesses et "tous les êtres qu’ils avaient faits à Harran". On ne précise pas ce dont il s’agit. On quitte sans tout quitter. On se laisse prendre une main par Dieu mais de l’autre on s’attache au terrestre. On assure l’avenir, c’est plus prudent. Voici Abram et toute sa smala au pays de Canaan. Il est arrivé à Sichem. Là se trouve un arbre sacré, un haut-lieu dédié à quelque divinité cananéenne. Yhwh se fait voir à lui. On ne dit pas comment, mais la façon la plus fréquente est la vision nocturne, le songe. Abram entend : A ta descendance je donnerai ce pays. Double promesse : don d’une descendance, lui dont la femme est stérile, don d’un pays en échange de celui qu’il a quitté (v.7). En homme pieux, Abram répond en dressant un autel, "autel à Yhwh" précise le rédacteur. Abram se déplace. Le voici à la montagne à l’orient de Beth-El. Il dresse sa tente, tel un nomade ou plutôt un pèlerin. Nouvel autel pour Yhwh, et le rédacteur ajoute : il invoqua le Nom de Yhwh. Les Fils d’Israël connaissent bien ce sanctuaire de Beth-El, où les prophètes Amos et Osée y viendront enseigner les exigences de Yhwh. Le rédacteur veut attribuer au grand ancêtre la fondation de ce haut-lieu. Nouveau départ, vers le Sud (Nègèv). Ainsi Abram aura traversé, du nord au sud, le pays promis. |
Abraham, père des croyants
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Scène II. Abram en Égypte, Saraï et Pharaon (Gn 12,10-20)
Une famine survient. Sauve qui peut, pense Abram. Qu’en est-il pour lui de l’appel et des promesses de Yhwh ? Pas d’autel, pas d’invocation du Nom de Yhwh. A la première "épreuve" Abram flanche. Il fuit le pays promis et c’est pour immigrer en Égypte et... s’y enrichir. Comme tout homme normal, même religieux, Abram désire réussir sa vie et non la perdre. Et pour l’assurer il faut la richesse. N’est-ce pas le salaire de celui qui sait conduire sa vie, la récompense du "sage" ? Sa femme est belle à voir, et les Égyptiens vont la désirer ; pour la posséder, ils tueront son mari. D’une pierre deux coups : Sara sera soeur d’Abram et lui aura la vie sauve et de grandes richesses. Mensonge diplomatique ? Peut-être pas. Abram expliquera plus tard que Sara est aussi sa demi-sœur (20,12). Mais ne serait-ce pas une ruse ? On sait aujourd’hui que dans les cours d’Égypte le Pharaon appelait "soeur" sa femme favorite. Et l’on sait combien les Sémites savent ruser. La fin ne justifie-t-elle pas les moyens selon la sagesse humaine ? Tout réussit au-delà de l’espérance. C’est dans le lit de Pharaon que Sara va devenir pour son mari une source de grands profits : Il eut des troupeaux d’ovins et de bovins, avec des ânes, des serviteurs et des domestiques, des ânesses et des chameaux. (12,16). Le voici à la tête d’un imposant cheptel. Tout réussit à Abram, mais Pharaon est frappé de grandes plaies. Est-ce ainsi que commence la bénédiction de ceux qui font du bien à Abram ? C’est, dit le rédacteur, en raison d’une intervention de Yhwh, comme si Pharaon était le coupable. Comment connaît-il l’origine de ses malheurs ? aucune importance ; c’est la malhonnêteté d’Abram que le rédacteur veut dévoiler. Quand on est avide de richesses, on est prêt aux pires turpitudes, n’est-il pas vrai ? Encore doit-il s’estimer heureux que Pharaon se contente de le renvoyer avec tant de libéralités : "Prends ta femme et tous tes biens et va-t’en !" |
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Scène III. Abram et Lot (Gn 13,1-13).
Voici Abram devenu riche en cheptel, en argent et en or (13,2). Il repasse dans le Sud et remonte vers Beth-El, sorte de pèlerinage d’action de grâce à son dieu. Abram est un homme religieux, c’est sûr, mais est-ce un fidèle de Yhwh ? Les prophètes Amos et Osée condamneront ceux qui viennent accomplir leur culte au sanctuaire de Beth-El : sous couvert de Yhwh, c’est Baal qu’ils invoquent. "Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon" dira Jésus (Mt 6,24/Luc 16,13). On parle de la tentation des richesses. Dieu nous montre qu’elle est plutôt une épreuve à surmonter afin de remplir la mission qu’il nous confie. La séparationLe neveu Lot réapparaît. Lui aussi est devenu un gros propriétaire de trou-peaux, peu importe comment, mais une telle richesse rend la séparation nécessaire. Voilà où conduit la richesse ; il doit se séparer de son neveu ; la richesse est montrée comme une cause de division. Abraham n’est pas complètement mauvais ; il veut sauver sa vie, il veut s’enrichir ; il sait aussi se montrer désintéressé, généreux à l’égard de Lot. Lot opte pour la région la plus fertile et à proximité de la ville. Qu’à cela ne tienne, Abram se contentera de Canaan. La suite montrera comment le choix de Lot sera l’origine de ses malheurs (ch. 14 et 18). Pour Abraham, c’est aussi un premier détachement par rapport à sa parenté qu’il avait emmenée de Harran. Il ignore que Dieu le conduit à travers ces événements... |
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Scène IV. Yhwh et Abram (Gn 13,14-18)
Yhwh se manifeste de nouveau à lui ; il renouvelle à la fois la promesse du don du pays, aussi loin que peut porter son regard, et la promesse d’une descendance, dont la multitude est inimaginable. Et Abram dresse sa tente "aux chênes de Mamré", près d’Hébron, encore un haut-lieu, sanctuaire où, selon les Livres de Samuel, David recevra la royauté messianique. Là encore, Abram dresse un autel à Yhwh, une façon de "régulariser" un ancien culte païen. Mais c’est le dernier qu’il bâtira avant longtemps. Pourquoi ? Que va-t-il donc se passer dans sa vie ? La Tôrah (Pentateuque) semble ignorer David et tout le messianisme, puisqu’elle situe tous ses récits avant l’entrée des Fils d’Israël au pays de Canaan ; mais elle ne manque pas une occasion d’y faire allusion. Le portrait d’Abram est, pour une part, décalqué sur celui de David. |
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Scène V. Quatre rois contre cinq. Abram et Melkhi-Çèdèq (Gn 14,1-24)
L’événement, c’est la guerre. Cela aussi fait partie de l’humanité pécheresse. Des rois s’affrontent (des rois que l’Histoire ne connaît pas, peu importe !), cinq contre quatre. Les cinq rois l’emportent sur les quatre. Le récit mentionne les rois de Sedom et Gomorrhe comme englués dans des puits de bitume. Nous savons déjà que les hommes de Sedom sont de grands pécheurs (cf. ch. 19), ce qui sera montré par la suite. Lot est fait prisonnier. Abram, aussitôt averti, rassemble ses gens (318 hommes) et vole à son secours. Il poursuit les cinq rois jusqu’à Damas et délivre Lot et tous ses biens ; il récupère même ce qui avait été enlevé aux rois vaincus. Le roi de Sedom, sauvé on ne sait comment, vient à la rencontre d’Abram pour le remercier. C’est ici que se situe une autre rencontre, bien étrange. Melki-Çèdèq et Abram.Le personnage de Melki-Çèdèq, roi de Shalem, est trop théologique pour le trouver dans l’histoire : Son nom signifie "mon roi est juste", et il règne sur la Paix, - ce que la tradition interprétera comme roi de Jérusalem. Encore une allusion messianique, car le Messie règne "selon le droit et la justice et il instaure la paix". Ces trois versets s’inspirent de la mythologie hittite, dont le rocher d’Ivriz en Cappadoce est un éloquent témoignage. Melki-Çèdèq se présente comme "prêtre du Très-Haut, le Dieu créateur des cieux et de la terre, qui a livré tes adversaires entre tes mains", et de la part de ce dieu, il lui offre du pain et du vin ; c’est-à-dire que le dieu offre à Abram sa nourriture, ce qui est étrange pour Abram ; dans les sacrifices, ce sont les hommes qui doivent l’offrir aux dieux. Abram fait un geste de soumission à ce dieu, en lui offrant la dîme de tous ses biens. C’est alors qu’en ce dieu qui donne, il reconnaît Yhwh lui-même. Abram est transformé. il apparaît comme un homme nouveau. Il a rencontré le Dieu Très-Haut, le dieu qui donne sans avoir besoin de sacrifices ; pourquoi donc lui bâtir des autels ?- il n’a rien à recevoir puisqu’il est le "créateur des cieux et de la terre". Ici, entre en scène le roi de Sedom venu le remercier et lui offrir de garder tout le butin de sa victoire. Abram refuse :"J’ai élevé ma main vers Yhwh, le Dieu Très-Haut", dit-il. Que désormais nul ne dise avoir enrichi Abram, car c’est de Yhwh qu’il reçoit la vie et tout ce dont il a besoin : Rien pour moi ! Seulement ce qui revient à mes compagnons. |
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Scène VI. Le pacte de Yhwh et le premier dialogue (Gn 15, 1-21)
Le nouvel Abram est né. Quand Yhwh revient vers lui, ce n’est plus dans une vision, c’est dans sa Parole. Et pour la première fois, un dialogue va s’engager entre Yhwh et Abram. Dieu lui dit : Ne crains pas, ce qui est la formule traditionnelle quand Dieu se manifeste porteur d’un message à un de ses serviteurs. EXEMPLES. Isaac (Gn 26,24), Jacob (Gn 46,3), son peuple (Dt 1,21), Josué (Jos 8,1), Gédéon (Jg 6,23), Élie (II R 1,15/, Élisée (II R 6,16), Jérémie (1,8) Ezékiel (2,6), Joseph (Mtt 1,20), Marie (Luc 1,30), les bergers de Noël (Luc 2,10), les disciples dans la barque (Mc 6,50/Jn 6,20), le petit troupeau des disciples de Jésus (Luc 12,32), St Paul (AA 27,24). A Abram, Dieu promet un important salaire... Mais ceci ne l’intéresse plus. Saraï, sa femme, est stérile et Dieu lui avait promis une innombrable descendance. Pour la première fois il s’adresse à Yhwh en disant : "Seigneur Yhwh". Et il se permet de formuler une demande : "Qui sera mon héritier ?" Eléazar, son fidèle serviteur en sera-t-il le bénéficiaire ? Est-ce là la descendance promise ? Dieu lui révèle qu’il était déjà présent dans sa vie passée, mais Abram ne le savait pas. Il était présent quand sa famille quittait Ur des Chaldéens. Pourquoi ne serait-il pas aussi garant de son avenir : C’est bien un fils sorti de ses entrailles (référence à David II S 7,12) qui héritera de la promesse. Et Dieu l’invite à compter les étoiles : telle sera sa descendance. Abram fait confiance, il a "foi" en la parole de Dieu.. Désormais Dieu va le regarder comme un "juste", c’est-à-dire comme quelqu’un qui conforme sa volonté à celle de Dieu. Abram est passé de la religion cultuelle à la foi en son Dieu qui lui a parlé. Il a fait le saut que les prophètes auront bien du mal à faire réaliser au peuple d’Israël. Dieu s’engage envers Abram.La relation entre Abram et Yhwh est transformée. Et comme il est habituel dans la Bible, Dieu se doit de donner un signe à celui qui répond à son appel, non pour assurer la véracité de sa parole, mais pour authentifiercelui qui parle. Yhwh propose un scénario dans lequel Abram aura un rôle à tenir. C’est le scénario habituel d’une alliance : on coupe en deux une victime et celui qui s’engage passe entre les deux morceaux ; il signifie par là : "Qu’il m’advienne ce qui a été fait aux animaux si je transgresse mon engagement". Dieu charge Abram de la mise en scène. Abram obéit, montrant ainsi qu’il accepte le pacte. Il intervient aussi pour chasser les rapaces trouble-fête. Et voici qu’un four fumant et une torche de feu - symbole de Yhwh, le feu dévorant -, passe entre les morceaux des animaux. Oui, seul Yhwh engage sa fidélité envers celui qui vient de lui déclarer sa foi. L’événement s’est déroulé en silence et dans la nuit. Pourquoi ? Peut-être simplement parce qu’il s’est réalisé à travers un songe. C’est par le songe que Dieu communique souvent sa Parole à ses prophètes (Nb 12,6). Aux versets 13-16 (additionnels), le rédacteur conclut : Yhwh fit alliance avec Abram en disant : A ta descendance j’ai donné ce pays (le verbe est à l’accompli, c’est déjà fait) dont il précise l’étendue. Dans la première étapeYhwh a fait passer Abram de l’homme religieux (le culte, les autels) à l’homme de foi (écoute de la Parole et dialogue avec Dieu). Il l’a conduit à se détacher de sa parenté et de l’attrait des richesses. C’est à ce premier des croyants que Dieu va lier le salut de l’humanité pécheresse. Toutefois, ne pensons pas qu’Abram, justifié par la foi (Ro 3,28-30), est devenu un saint. La suite montrera que, pour lui aussi, s’applique le proverbe : "chasser le naturel, il revient au galop". |
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